Une autre mauvaise saison pour les acériculteurs de la MRC des Basques

5 mai 2008 | Imprimer cet article Imprimer cet article

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(V.L.)

En 2007, les acériculteurs n’ont obtenu qu’environ 40 % d’une récolte normale. Certains ont dû vendre leur érablière ; d’autres ont dû demander de pouvoir suspendre les paiements à leur institution financière. Quoique moins désastreuse, la saison 2008 n’améliore pas la situation déjà précaire de plusieurs acériculteurs

Un début de saison difficile

« Cette année, la saison a commencé quinze jours en retard. Elle débute habituellement vers le 15 mars », affirme André Leblond, préfet de la MRC des Basques. Le 10 avril dernier, seulement 10 à 12 % du droit de production était atteint au lieu de 50 % en temps normal. En plus de ce retard, plusieurs acériculteurs ont dû assumer des dépenses supplémentaires en raison de l’augmentation du prix de l’huile servant à faire bouillir l’eau d’érable et des précipitations de neige abondantes : « Habituellement, on pellette une fois l’an. Cette année, les acériculteurs ont dégagé quatre fois les conduites d’eau d’érable. Selon le nombre d’entailles, cela peut représenter des coûts pouvant dépasser 10 000 $. Quelques acériculteurs ont même abandonné la saison », explique le préfet.

Une amélioration en cours de saison

L’acériculture est une industrie qui dépend de la température. Pour avoir une bonne saison, la température doit baisser au-dessous de zéro la nuit (environ -4ºC) et monter un peu au-dessus de 0 ºC le jour. Cette pression et dépression dans l’arbre permet l’écoulement de l’eau d’érable. Du début de la saison à la fin de la troisième semaine d’avril, il n’y a pas eu de réchauffement majeur de la température : « Cette situation a permis aux acériculteurs d’atteindre au moins 55 % du droit de production », croit le préfet. Selon le journal Le Soleil, édition du 24 avril 2008, la plupart des acériculteurs du Québec vivent une saison médiocre : « Les estimations qui circulent en coulisses établissent les quantités récoltées à un peu plus de 50 millions de livres. C’est facilement 10 % de moins que l’année dernière, pourtant ordinaire, et 30 % de moins qu’en 2003, 2004 et 2005. Quand on se rappelle qu’un grand nombre d’entailles était permis cette année et que l’objectif était fixé à 80 millions de livres, la faiblesse de la récolte saute aux yeux.» Parce que les ventes du sirop d’érable sont en constante augmentation sur les marchés québécois et étrangers, parce que l’année précédente a été mauvaise, cette faiblesse de la récolte permet de faire augmenter le prix à la livre du sirop. « Les acheteurs craignent de manquer de sirop. Ils offrent des primes oscillant de 35 à 50 ¢ la livre, soit une majoration de 25 % sur le prix moyen de 2,25 $. Et plusieurs prédisent que la courbe va continuer de monter en cours d’année, au fur et à mesure que le sirop va se raréfier », toujours selon Le Soleil. Pour le préfet, ces prix à la hausse du sirop d’érable compensent les pertes de production et les coûts exorbitants de pelletage assumés par les acériculteurs : « Puisque toutes les classes du sirop d’érable (extraclair, clair, ambre, etc.) coûtent le même prix, c’est comme si on avait eu 40 % de plus de production.»

Le projet d’assurance récolte

« Dans l’Est du Québec, 1100 entreprises acéricoles éprouvent des difficultés financières. Plus de 70 entreprises ne peuvent plus payer leurs obligations financières », soulignait en octobre 2007, Jean-Marie Gilbert, président du Syndicat des producteurs acéricoles. Dans la MRC des Basques, plusieurs familles ne vivent que de l’acériculture. Cette industrie représente 9 % des recettes déclarées du secteur agricole, ce qui contribue à d’importantes retombées économiques dans le milieu. « Comment les familles ne vivant que de l’acériculture peuvent-elles rembourser leurs dettes ou tout simplement vivre lorsque la saison en acériculture est encore mauvaise ? », constate le préfet. C’est pourquoi les acériculteurs ont demandé au ministre de l’Agriculture, Laurent Lessard, en 2007, une assurance récolte qui garantirait la stabilité de leurs revenus chaque année. Mais pour l’instant, le gouvernement reste muet.

Quoique moins désastreuse, la saison 2008 n’améliore pas la situation déjà précaire de plusieurs acériculteurs.

Photo : Valérie Labrie