Aux armes citoyens !

11 août 2009 | Par : Marie-France Pelletier | Imprimer cet article Imprimer cet article

Je ne suis pas une militante acharnée ni une activiste effrontée. Loin de là. En tant que citoyenne, je vais mon petit bonhomme de chemin. Pourtant, certaines causes m’interpellent grandement telles que la pauvreté dans le monde ou encore la protection de l’environnement. Je m’en soucie comme c’est le cas pour nombre d’entre nous. J’ai choisi de faire ma part, en contribuant financièrement ou en faisant du bénévolat, mais je n’ai toujours pas l’âme en paix. Je me demande toujours comment je pourrais faire plus. Je pourrais prendre le voile comme Mère Térésa, emprunter la caméra d’Hugo Latulipe, m’embarquer sur un Sedna avec Jean Lemire ou devenir présidente d’Oxfam. Je pourrais donner encore plus à tous les organismes qui travaillent à diminuer la pauvreté dans le monde, parrainer un enfant afin de pourvoir à son éducation, adopter une baleine, soutenir des organismes comme Greenpeace, Équiterre ou Échofête. Cela suffira-t-il à me donner bonne conscience ? Pour vous, qu’en est-il ?
Enfin, tout le monde n’a pas le caractère d’un David devant Goliath, mais certaines actions au quotidien peuvent contribuer à produire de grands résultats. Puisque je n’ai pas la flamme héroïque, j’agirai en simple citoyenne, mais avec un grand pouvoir entre les mains : mon pouvoir d’achat. Non pas un pouvoir économique, mais un pouvoir avec la capacité d’influencer les multinationales. Quand j’achète, j’entretiens la relation entre l’offre et de la demande. Lorsque je n’achète pas, je crée une faille dans ce processus. C’est là que mon pouvoir intervient. Un peu comme Laure Waridel l’a déjà proposé : acheter, c’est voter. La manière dont un Nord-Américain consomme à une incidence sur toute la planète. Quand il surconsomme, encore plus. Depuis quelque temps –et fort heureusement– nous avons révisé certaines de nos habitudes de consommation. Ce type de participation citoyenne crée peu de remous, mais c’est un outil redoutable si plusieurs s’y mettent. Avant de vouloir changer le monde ne faut-il pas d’abord se changer soi-même ?
De plus, la surconsommation n’amène pas que des problèmes planétaires (crise alimentaire, réchauffement de la planète, déforestation, surexploitation des mers, pollution, etc.), mais aussi personnels (obésité, sédentarité, stress, détresse, etc.) La surconsommation est le lot de bien des maux.. Nous nous sommes engagés dans une course effrénée à la production et à la surconsommation de biens. Pourtant ma chaîne stéréo ne me sourit pas, ma voiture neuve ne me comprend pas plus que ma vieille, mes vêtements mode ne me font pas rire et mes produits cosmétiques ne me font pas relaxer. Notre bonheur se mesure-t-il à notre capacité à consommer ?
De même, on prône de belles valeurs, mais on ne les met pas toujours en application. Parfois, nos gestes ne suivent pas nos grands discours. Je ne réprouve pas ceux qui militent avec force et conviction –au contraire, je n’ai pas leur audace– mais ils utilisent une stratégie de changement coercitif. Deux pôles se confrontent. Les uns, déjà convaincus, seront heureux d’avoir gagné leur cause. Les autres retourneront chez eux la hargne dans l’âme sans avoir compris le clan opposé. Pour ma part, je crois davantage  aux stratégies de changement normatif. Ainsi, on rééduque en espérant modifier une norme sociale, en quelque sorte un développement (de la personne) durable.
Beaucoup de dommages ont déjà été faits au nom du développement économique. La crise qui sévit est peut-être la soupape qui siffle avant de faire éclater ce qui bout en-dedans. Si on ne change pas notre façon de consommer, à mon avis, on ne règle rien : on se donne bonne conscience, c’est tout. Pour moi, il n’y a pas de crise en soi, il n’y a que des initiations qui nous guident tout doucement vers des changements. Des prises de conscience non spectaculaires mais durables. Individuellement, une modification de nos attitudes nous oblige à vivre plus simplement et plus sainement, à faire des choix de consommation plus éclairés en plus de revoir notre rapport à la nature. À ne plus sortir mon portefeuille aussi souvent, je transmets la valeur que mon bonheur est ailleurs. Alors cette fois-ci, je dirai : «  Aux arbres citoyens ! »