Franck de la jungle

9 sept 2009 | Par : Marc Fraser | Imprimer cet article Imprimer cet article

On rapporte sur le fil de presse que le 15 août dernier, par une nuit de canicule particulièrement torride, une poignée d’intrépides se seraient volontairement jetés dans les flammes de la Forge à Bérubé. Selon un survivant, ce comportement étrange leur a valu d’entendre les contes colorés du grand créole de Boucherville, le ci-nommé Franck Sylvestre.

Le mercure bouillait dans son tube et l’humidité était dégoûtée d’elle-même quand Sylvestre a fait son apparition sur scène. Le conteur a d’abord rappelé qu’à une époque pas si lointaine, le ciel était descendu si bas que les adultes avaient été obligés de marcher tout voûtés pour ne pas s’y buter. Or, les enfants, trop petits pour que cette situation ne les embêtent, avaient quand même décidé de relever ce ciel un peu mou, en le soutenant avec des bouts de bois. Leurs perches étant trop petites, ils n’auraient réussi qu’à percer le pauvre ciel. Mais à force de grossir leurs rondins, les enfants seraient finalement arrivés à le remettre en place. Résultat, le soleil est maintenant capable de se coucher au-delà du ciel, la lune de voyager sous le ciel et, pour ce qui est des trous, ils sont devenus toutes ces étoiles qui brillent dans la nuit.

Une fois les origines du monde bien campées, Sylvestre a entraîné le groupe d’explorateurs dans les profondeurs de sa jungle pour écouter les animaux parler. Tantôt lion, tantôt tortue, il a démontré que la malchance s’acharne toujours à nous piéger. Puis, tout ce beau monde a embarqué dans un bateau pirate, en route vers une île déserte qui compte un perroquet, un crabe teigneux et un cocotier. Rassurez-vous, le crabe teigneux meurt en premier… Les contes ont défilé ainsi comme de grands éclairs, passant du loup à l’âne, de la mer des Caraïbes à l’or des désossés.

Bref, Franck Sylvestre est un véritable feu d’artifice de la parole, une bête à personnages comme on a rarement la chance d’en voir performer. Ses contes nous entrainent dans un univers qui, au premier abord, pourrait nous sembler à des millions de kilomètres de notre réalité, ne serait-ce qu’à cause du bestiaire utilisé. Mais il y a dans les contes de toute origine une part du savoir universel qui constitue le fondement même de la sagesse humaine. Un conteur à ne pas manquer, s’il venait à nous revisiter.