Le principe du poisson

9 sept 2009 | Par : Michel Thisdel, Cacounois d’adoption | Imprimer cet article Imprimer cet article

Les jeunes migrent vers les régions dites métropolitaines pour plusieurs raisons, notamment la poursuite des études, nous apprend une recherche de l’Observatoire Jeunes et Société. On y lit également que 67 % des jeunes migrants reviendraient s’installer dans leur région rurale d’origine si les circonstances s’y prêtaient. Mais quelles sont ces circonstances ? Comment peut-on expliquer cette volonté des jeunes de devenir un petit poisson dans l’océan urbain plutôt qu’un gros poisson dans un fleuve près des leurs?

L’aventure dans l’océan

Au gouvernail de leur jeune carrière, certains alevins choisissent de dériver vers la grande ville où ils trouveront cégep, université ou travail rémunéré. Ils découvrent alors les grandes profondeurs de la vie en appartement, les mers perdues des loisirs urbains, flottent entre deux disciplines d’étude pour, finalement, s’accrocher à de grandes entreprises. Ils y connaîtront probablement le succès. Mais, telle une corne de brume, l’appel de la qualité de vie et, surtout, des emplois pourraient amener les jeunes poissons à entreprendre une migration vers les rivières originelles.

Favoriser le retour à la rivière

Nos communautés rurales offrent de nombreux avantages que l’océan urbain ne peut offrir. Il faut collectivement améliorer leur capacité de rétention, et ce, malgré un bassin d’emplois réduits dans certains secteurs. Il appartient au milieu de repêcher cette jeunesse remplie de créativité, de nouvelles idées, de solutions novatrices, de connaissances et d’habiletés à la fine pointe de la technologie de par leur formation. Misons sur le potentiel énorme des nouvelles petites entreprises. Combattons cette tendance à croire que nos vaillants poissons n’auront d’autres choix que de devenir des pêcheurs de morue pour survivre. Leur diversité, leur polyvalence et leur autonomie font d’eux des perles rares dans nos régions. Ils auront peut-être à sortir de leur zone de confort, de la belle job à la grande ville pour accepter une diminution de salaire…afin de voguer vers ses nouvelles eaux prometteuses. Ils pourront, dans leurs doutes et leurs questionnements, être soutenus par Place aux jeunes du Québec, organisme favorisant la migration, l’établissement et le maintien des jeunes âgés de 18 à 35 ans en région.

Se « mouiller » en région

Il est du ressort des jeunes de se frayer une place, d’y jeter l’ancre en s’engageant, en animant ses eaux et en leur transmettant leurs couleurs. En ramant, ils obtiendront un pouvoir d’influence plus grand en mettant au service de leur milieu leurs compétences et expertise acquises lors des études. Ils ont la liberté de contribuer concrètement au développement de leur communauté par leur engagement, par exemple, dans les organismes communautaires ou dans les chambres de commerce, au gré des vents et des marées. Leurs impacts peuvent se traduire par le démarrage d’un journal local coopératif, d’une école secondaire dans un village de 530 habitants et même de la création de leur propre entreprise.

En réalité, plusieurs jeunes ayant choisi le fleuve sont heureux comme des poissons dans l’eau. Les raisons de leur bonheur sont multiples. Notons l’accessibilité à la propriété, à des ressources, telles que l’aide au démarrage d’entreprise et à l’insertion en emploi, la proximité des élus (voire devenir eux-mêmes élu) et des membres influents de leur communauté. Parions qu’au cours des prochaines années, nos villes et villages seront inondés de jeunes poissons.

À eux maintenant de relever le défi de remuer l’eau de la grande rivière de nos localités qui, à première vue, peut paraître stagnante. Surtout, il faut commencer par s’embarquer dans le bateau de l’occupation active du territoire avec le sentiment, la conviction et la détermination de contribuer à son développement.

Je suis persuadé qu’ils y feront un raz-de-marée.

10 Réponses »

  1. Bravo Michel,

    Tu ferais un excellent porte-parole… Si je travaille un jour à une telle campagne, je t’engage…

    Félicitations!

  2. Oui, bravo à Michel pour avoir osé être le premier et ouvert son article aux commentaires, mais bravo aussi à l’équipe du journal l’Horizon qui fait un pas de plus pour accroître son interaction avec ses lecteurs !

    Ayant moi-même migré en région, je ne peux qu’être en accord avec les idées apportées dans cet article. Ici – même un peu plus loin de la rive – se trouve un vaste horizon à développer et où chacun sent que ses actions font une différence importante. Allez-y, plongez !

  3. Un plaisir de lire cet article Michel! Bravo.
    J’aime beaucoup la métaphore des poissons, c’est très inspirant! Quand on suit une source, on fait toujours de belles découvertes, j’adore!
    C’est peut-être déjà le cas, mais il faudrait indiquer sur la version papier (que j’ai lue et laissée au Rassemblement jeunesse du Bas-Saint-Laurent pour qu’elle soit relue par d’autres…) qu’il est possible de commenter cet article en ligne…
    Au plaisir de vous lire à nouveau!

  4. Bravo à Michel pour avoir cassé la glace et merci aux premiers commentateurs.

    C’est une très bonne idée, Mme Rhéaume, d’inviter les lecteurs de l’édition papier à commenter en ligne. Si ce test est concluant, nous le ferons dès la prochaine édition.

    J’en profite pour vous inviter à soumettre des textes d’opinion pour la page Idées, qui est la vôtre. Il y a tant de sujets et d’enjeux d’actualité à débattre dans notre région. Si L’Horizon est un journal d’information plutôt que d’opinion, nous sommes heureux de donner une place aux débats d’idées dans nos pages et c’est à vous, lecteurs et acteurs de la société civile, que nous donnons la parole.

    Pour la prochaine édition, il faut envoyer votre texte d’environ 300 à 500 mots, au plus tard le vendredi 25 septembre à l’adresse du journal, indiquée sur la page À propos.

    Au plaisir de vous lire !

    Nicolas Falcimaigne, directeur
    L’Horizon, presse coopérative des Basques

  5. Bravo à Michel de souligner sa propre fierté de régionaliste par ce texte que je ressens comme un appel migrateur. On ne peut être contre la vertu surtout si on travaille pour elle et en tant qu’agent de migration il me fera plaisir de diffuser ce texte parmi mon entourage. Ce texte est aussi une bonne occasion de faire connaître votre journal au-delà des Basques car il dresse une réalité nationale et préoccupante pour l’avenir de nos régions. Après tout nous sommes plus de 70 agents de migration à travailler pour Place au jeunes en région (nouvelle appellation depuis août 09) afin de  »faire voguer cette jeunesse vers ses nouvelles eaux prometteuses. » Et par la même occasion félicitation à Marc et Nicolas pour votre bon travail.

  6. Je suis parfaitement d’accord avec ces propos. J’ai frayé moi aussi il y a un peu plus de deux ans vers l’embouchure du St-Laurent. Lorsque j’habitais près de la grande métropole je n’étais qu’un vulgaire petit numéro. En tant qu’artiste en arts visuels, cette situation n’était pas favorable à mon rayonnement. Depuis que je suis dans la région Bas Laurentienne, je suis devenue travailleur autonome en arts grâce à l’aide du CLD, j’ai ouvert une galerie d’art contemporain qui a vécu une belle première saison cette année. Avec joie je constate que déjà je ne suis plus un simple numéro mais une artiste en arts visuels bien implanté dans la région. Les médias me connaissent bien et couvrent mes évènements, je constate que mon nom n’est plus un numéro. La région nous offre de prendre notre place, d’être !

    Bravo pour cet article en espérant que d’autres jeune suivent le courant !

    Caroline Jacques

  7. Bravo Michel et à tous les autres jeunes qui se « mouillent » en région! Et, n’hésitez pas à communiquer avec moi pour tout retour à la rivière!

    Kathy Rioux
    Agente de migration Place aux jeunes
    MRC des Basques
    migrationtp@cjerdlb.ca

  8. C’est agréable de lire tous les commentaires sur ce forum. Je comprends parfaitement Michel, ayant moi-même fait le saut en région cette année. Je me fais maintenant promoteur de la région car j’ai tout de suite réalisé ses possibilités de développement. J’espère de tout cœur que le Carrefour jeunesse emploi, le Journal l’Horizon, et tous les citoyens passionnés continuent leur beau travail pour le rayonnement de la région.

  9. Bravo Michel et merci pour ton implication! C’est avec beaucoup de fierté que je te lis, car ayant fait (enfin!) le grand saut en région, je ne regrette rien et je profite pleinement de la vie dans le Bas-St-Laurent! À tous ceux qui hésitent et qui ont peur de quitter leur sécurité, je dis OSEZ! Les séjours exploratoires organisés par Place aux jeunes demeurent un incontournable: vous y ferez de belles découvertes et de belles rencontres… Les portes s’ouvriront à vous! Embarquez dans le bateau et suivez la vague! Je suis aujourd’hui entrepreneure et je fonce avec énergie vers les nouveaux défis!

    Marie-Julie
    http://www.quaidesbulles.ca
    Kamouraska

  10. Excellent article!

    Pour avoir moi-même baignée dans les magnifiques cours d’eaux bas-laurentiens, je travaille maintenant pour aider des poissons exilés à descendre le fleuve et revenir… à la source!

    Marie-Luce Ouellet
    Agente de liaison
    Bas-Saint-Laurent
    Place aux jeunes en région
    liaison.bsl@placeauxjeunes.qc.ca

Laisser une Réponse