Visite du nouveau Chef national de l’Assemblée des Premières Nations : Atleo tend la main à tous les Canadiens

15 déc 2009 | Par : Marc Fraser | Imprimer cet article Imprimer cet article

(Chapeau) Élu en juillet dernier, Shawn A-In-Chut Atleo était de passage chez les Malécites de Viger le 18 novembre dernier, dans le cadre d’une tournée pancanadienne. Il était accompagné par Ghislain Picard, son homologue de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et Labrador (APNQL). Les deux leaders sont venus appuyer la Grand Chef Anne Archambault dans sa volonté de développer une véritable communauté pour les Wolastoqiyiks, du nom ancestral sous lequel se désigne sa nation.

Selon Ghislain Picard, le sort des Malécites figure parmi les plus sombres au pays : « Nous sommes présentement sur la plus petite réserve au Canada, si on se réfère aux critères du ministère des Affaires indiennes et du Nord », souligne-t-il d’emblée. La réserve de Cacouna, où se tenait la conférence de presse, se limite à un lot de 0,2 hectare sur la rue de la Grève, enclavé entre la mer et le village. À cette parcelle s’ajoute la réserve de Whitworth, au sud de Rivière-du-Loup, d’une superficie de 169 hectares. « Il n’y a pas d’eau, c’est une terre de roches », se désole Anne Archambault. La stérilité du territoire, le refus de la sédentarisation et la vente à la Couronne, en 1868, des terres plus fertiles de Viger, en bordure de la rivière Verte à Maria, seraient les principales causes du dispersement des Malécites.

Un territoire

« Le nom Wolastoqiyik signifie peuple des rivières. Nous utilisions les rivières comme des autoroutes pour parcourir notre territoire. On peut le définir de la rivière Chaudière à la rivière Métis et du milieu du fleuve, que nous partageons avec nos frères Innus, jusqu’au Nord des États-Unis », explique Anne Archambault. La communauté Malécites n’a toutefois pas encore déposé de revendication formelle auprès du gouvernement fédéral, jugeant le processus douteux. « C’est le gouvernement fédéral qui décide du fonctionnement. C’est également lui qui finance l’exercice. Le gouvernement est à la fois juge et parti dans le règlement de nos revendications territoriales », déplore Ghislain Picard. Ce dernier s’inquiète des décisions de la Cour suprême qui se limitent à rappeler au gouvernement fédéral l’obligation de négocier de bonne foi avec les Premières Nations. « La dernière fois qu’une revendication territoriale a fait l’objet d’une entente remonte à la convention de la Baie-James, en 1975 », soutient M. Picard.

Un village

« Nous voulons fonder un village, créer de l’emploi, construire des écoles, un lieu culturel où nous pourrons nous réunir et mettre notre culture en pratique », souligne Anne Archambault sans identifier de site pour cet établissement. Pour le Chef Atleo, dont nous traduisons ici les propos, il est grand temps de réparer les injustices du passé : « Quand je pense au minuscule territoire, à la nation dispersée aux quatre vents, déconnectée de sa terre, de sa culture, de sa langue et de sa famille, je me dis que le Canada peut faire mieux. Nous devons faire mieux », insiste-il. De son côté, Anne Archambault rappelle au gouvernement qu’il lui faudra s’entendre avec les Malécites avant de procéder à  l’élargissement de la route 185, qui passe au cœur de la réserve de Whitworth. « Le nouveau tracé nous couperait de toute une partie de notre territoire », précise la Chef Archambault qui se dit toutefois ouverte à la négociation. Le fruit d’une entente pourrait faire évoluer le projet de village positivement, qu’il s’agisse du remplacement des terres, d’une compensation financière ou des deux à la fois. Le député-ministre Claude Béchard a d’ailleurs confirmé l’intention du gouvernement provincial de s’asseoir avec les Malécites pour parvenir à un accord.

Des nations unies

Les relations entre les Premières Nations et le gouvernement fédéral sont plus difficiles depuis le refus du Canada de signer la Déclaration des droits des peuples autochtones, adoptée à 143 voix contre 4 par l’Assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies. « Le Canada se retrouve de plus en plus isolé sur cette question, puisque l’Australie a annoncé son intention de ratifier la Déclaration. La Nouvelle-Zélande s’apprêterait à faire de même et, depuis l’élection de Barrack Obama, il y a des signes encourageant aux États-Unis », indique le Chef Atleo. « Les trois partis d’opposition ont voté en faveur de la ratification de la Déclaration, mais le gouvernement minoritaire conservateur n’a pas à se plier à la position de la Chambre », explique Ghislain Picard. Devant le refus d’Ottawa, le chef Atleo en appel maintenant à l’ensemble de la population canadienne pour obliger le gouvernement Harper à bouger : « Il ne reste qu’un seul pays au monde qui refuse de reconnaître le droit à l’autodétermination des autochtones et c’est le Canada. Nous avons besoin que l’ensemble des citoyens, y compris les nouveaux arrivants, se mobilisent avec nous pour que notre pays rejoigne le concert des nations qui ont reconnu la valeur de cette déclaration pour l’ensemble des droits humains. »