L’avenir de l’École de langue de Trois-Pistoles menacé

9 fév 2010 | Par : Pricile De Lacroix | Imprimer cet article Imprimer cet article

Patrimoine Canada gèle pour les quatre prochaines années le financement des programmes d’immersion en langue française au pays. L’avenir de l’École de langue de Trois-Pistoles, dont près de 80 % du budget dépend de ces programmes, est donc incertain.

« Il n’y a pas de danger de fermeture cette année, mais après, si ça ne change pas, il va falloir regarder les choses en face, affirme le directeur, Maurice Vaney. Ça fait déjà trois ans que le financement est gelé, et ce sera ainsi encore pendant quatre autres années. Nous espérions qu’il y ait au moins une indexation au coûts de la vie, mais non! » 

L’École de langue est déficitaire depuis deux ans. Les dépenses augmentent, mais pas les revenus. Déjà, le séjour des étudiants est passé de six à cinq semaines, question de réduire les coûts. L’organisation ne sait pas quoi faire de plus. « On ne peut pas augmenter le nombre d’étudiants par classe, les normes sont strictes. Il faudrait alors couper dans nos activités socioculturelles… C’est la réputation de l’École auprès des étudiants qui risque alors d’être affectée. On se demande vraiment quoi faire », lance Maurice Vaney. Toutefois, une solution pourrait être proposée au gouvernement fédéral : permettre aux écoles de langue du pays d’augmenter leurs frais d’inscription, qui plafonnent à 150 $ par étudiant depuis 1994. « Si on nous autorisait à réclamer 50 $ de plus, ça nous donnerait un peu d’oxygène pour poursuivre », croit le directeur.

Chaque année, l’École de langue de Trois-Pistoles accueille 550 anglophones entre le mois de mai et le mois août, et bénéficie de 2 000 $ de bourse par étudiant. Par ailleurs, Maurice Vaney estime à près de 2 millions et demi de dollars les retombées annuelles de la présence de ces étudiants dans la communauté pistoloise. L’École crée à elle seule 45 emplois et fournit un revenu d’appoint pour 90 familles d’accueil. Fondée en 1932, elle est la plus ancienne école de langue du Canada.

« Elle a fait le succès de Trois-Pistoles et, aujourd’hui, Trois-Pistoles en a besoin plus que jamais.  C’est primordial », croit le député de Rivière-du-Loup-Les Basques, Jean D’Amour, qui a été approché par l’École de langue pour inciter le ministère de l’Éducation à intervenir. « On fait tout ce que l’on peut actuellement. Je suis conscient que nous n’avons pas droit à l’erreur », ajoute Jean D’Amour. Pour sa part, le député de Rimouski-Neigette-Témiscouata-Les Basques, Claude Guimont, assure qu’il s’implique dans le dossier. « Il est difficile actuellement de parler avec le gouvernement conservateur puisque le parlement est prorogé, mais j’ai fait parvenir une lettre à la ministre de l’Éducation du Québec, madame Courchesne, qui à le pouvoir d’intervenir. Ce qu’il faut surtout, c’est que les élus de la région travaillent en équipe », croit-il. 

L’Association québécoise des écoles de français (AQEF), dont l’École de langue de Trois-Pistoles fait partie, exerce depuis plusieurs mois des pressions auprès de ministres conservateurs et de Patrimoine Canada, sans succès. Elle s’est également adressée au Conseil des ministres de l’Éducation du Canada (CMEC), qui gère les sommes octroyées par Patrimoine Canada aux écoles de langue. Le Conseil se réunira en mars. L’AQEF fonde beaucoup d’espoir sur cette rencontre.