Printemps faste aux Éditions Trois-Pistoles

7 avr 2010 | Imprimer cet article Imprimer cet article

C’est une véritable manne qui s’offre aux lecteurs et aux lectrices mordus de littérature régionale par les temps qui courent. À elle seule, la maison d’édition dirigée par Victor-Lévy Beaulieu présente pas moins de huit nouveaux titres à se mettre sous la dent. D’abord, trois recueils de poésie s’ajoutent au catalogue : Mémoires analogues, de Pierre Labrie, La bénédiction des skidoos, de Pierre Demers et Cochonner le plancher quand la terre est rouge, premier ouvrage d’Erika Soucy de Portneuf-sur-Mer. Côté roman, on a droit au deuxième de Lison Beaulieu, Acadienne du Madawaska, avec Les noces de l’Agneau. Sergine Desjardins signe la biographie de Robertine Barry, une pionnière du journalisme féminin. L’essai n’est pas en reste avec deux titres : Donald Alarie interroge sa pratique d’écriture dans Comme on joue au piano et VLB pose les jalons de sa pensée dans La Reine-Nègre. Le livre Recettes végétariennes de Germain Beaulieu complète cette généreuse récolte printanière.

Cochonner le plancher quand la terre est rouge

La poésie d’Erika Soucy commence comme une caresse. Comme si des doigts de sable chaud caressaient longuement un corps meurtri. Et sous sa plume, les mots simples du quotidien témoignent de la douceur de tout un pays :

« c’est comme dans le temps

que dieu était ton père

et que tu lisais l’avenir dans du pepsi »

Mais le monde n’est pas que colas sucrés et plages désertes. Car la grande question qui traverse la poésie d’Erika Soucy, c’est comment survivre à cette Côté-Nord de fer qui réclame à chacun son tribut de peine et de sang.

« la fillette de novembre

est encore grosse de monde

et le tarot sur la table

ne prévoit pas

« qu’à soir dans’ roulotte

ça va mourir au gaz »

Un recueil troublant, qui ne laissera personne indifférent.

La bénédiction des skidoos

Poèmes de l’infinitif, les textes de Pierre Demers construisent le fragile équilibre de l’instant présent. Mais le verbe faussement déshabité dissimule mal le regard critique du sujet. Les morceaux les plus aboutis débouchent sur des bribes d’humanité lumineuses, comme dans Mamy : « Mamy les nourrit tous sans regarder s’ils ont les mains sales, les ongles négligés et les cheveux gras. Les ventres creusés par la solitude et la désillusion. Les ombres qui s’effacent sur le trottoir d’en face. Les pas de noms. » Ailleurs, comme dans Le régime, le discours dénonce plus prosaïquement le conformisme social : « Ils travaillent tous pour. Les yeux fermés, la bouche ouverte. La cravate de travers. Sans compter les heures, sans compter les leurres. Ils veulent tant qu’il marche pour en profiter, pour le siphonner. » À lire pour quelques moments de grâce, dont le poème qui a inspiré le titre magnifique du recueil : La bénédiction.