À Michel Chartrand
5 mai 2010 | Par : Victor-Lévy Beaulieu |
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Note de VLB : « Ne pouvant répondre à tous les médias qui me demandent un mot ou un témoignage sur Michel Chartrand, je vous envoie le texte ci-dessous écrit à l’occasion des 90 ans de celui que je considère comme l’un des trois grands hommes politiques de notre époque, les deux autres étant Jacques Parizeau et Camille Laurin. Bonne lecture. »
Cher camarade,
Ce petit mot pour vous dire tout simplement que si je peux encore espérer devenir quelqu’un dans la vie, c’est à vous que je le dois. Peu d’hommes québécois m’ont marqué comme vous l’avez fait. Je me souviens que mon père fermait la radio quand vous y étiez interviewé tellement il avait peur de l’idée de liberté que vous incarniez si totalement. Je me souviens aussi de la grève au magasin Dupuis & Frères, des abeilles qui y volaient joyeusement grâce à vous, en ce temps où le syndicalisme était un vrai combat mené par des chefs qui n’avaient pas peur de mettre leurs culottes. Comparé aux moumounes qui dirigent aujourd’hui les mouvements syndicaux, crisse que c’était stimulant de vous entendre et de vous voir agir, sans compromis ni compromissions, pour l’établissement d’un Québec indépendant et socialiste!
Je rêve de vivre au moins jusqu’à 90 ans comme vous, ne serait-ce que pour écœurer ce monde que vous avez combattu, celui des poules mouillées, des crosseurs politiques en chef et en sous-chef, des arrivistes, des magouilleurs, des défaiseurs de pays, des traîtres à la nation et à la culture québécoise.
Merci d’avoir été là et d’y être toujours. Vous êtes un formidable exemple, le seul à m’être aussi essentiel.
Sur la photo: En compagnie du comédien Raymond Cloutier, Michel Chartrand rend visite à Victor-Lévy Beaulieu aux Trois-Pistoles en 1995.