Pour mieux comprendre l’écotourisme…
9 juin 2010 | Par : Marc Fraser |
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Depuis déjà quelques années, le concept d’écotourisme se taille une place dans l’industrie touristique québécoise. Pour mieux comprendre ce qui distingue cette approche, j’ai rencontré Mikaël Rioux, environnementaliste bien connu dans les Basques et diplômé au DEC en écotourisme international du cégep de La Pocatière.
« L’écotourisme, c’est surtout une philosophie du voyageur, précise-t-il d’emblée. Dans le fond, il faut que le touriste se sente en visite dans la nature. Donc, ce n’est pas à la nature de s’adapter au touriste, mais bien au touriste de s’adapter à elle. » M. Rioux tient également à préciser qu’il ne faut pas confondre écotourisme et tourisme d’aventure : « Une descente de rafting, ce n’est pas nécessairement de l’écotourisme, à moins qu’elle ne s’accompagne d’un volet d’interprétation de l’environnement. » C’est cette valeur ajoutée, ce souci d’éco-interprétation, qui est la marque de l’écotourisme. Les vacanciers qui le pratiquent veulent sortir de leur expérience avec une meilleure compréhension des écosystèmes qu’ils ont visités.
Interrogé sur le fait que l’écotourisme repose sur un paradoxe, puisqu’il consiste à visiter les écosystèmes les plus rares, les plus inusités et, souvent, les plus fragiles, Mikaël Rioux reconnaît qu’en cette matière, il faut agir avec prudence : « Ce n’est plus de l’écotourisme du moment où il y a perturbation du milieu naturel. Le cas de l’Antarctique est un exemple d’impact négatif, avec un nombre toujours croissant de croisières qui perturbent la faune. Plus près de nous, pensons aux gens qui font du kayak de mer et qui s’approchent trop des aires de nidification du canard eider pendant la période des naissances. Leur présence effraie les parents et, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, un goéland à manteau noir peut fondre sur les petits pour les manger.»
L’écotourisme repose donc sur le respect de l’intégrité du milieu que l’on visite. À cet égard, M. Rioux propose d’appliquer la règle des 10 000 fois : « Il faut toujours penser, avant de poser un geste, quel serait l’impact si cette action était répétée 10 000 fois. La moindre perturbation, comme cueillir une fleur sauvage, prend alors une ampleur insoupçonnée au premier abord. »
Dans les Basques, très peu d’organismes offre des activités d’écotourisme au sens propre. La visite à l’île aux Basques serait toutefois un exemple parfait : « La visite se fait en groupe restreint, encadré par un guide expérimenté. Les gens demeurent sur des sentiers balisés, aucun prélèvement n’est permis sur l’île. De plus, le gardien de l’île, Jean-Pierre Rioux, présente la faune et la flore qui peuplent cet écosystème. Finalement, les visiteurs en apprennent beaucoup sur la présence humaine dans l’île. L’ethnologie est une partie importante de l’écotourisme, dans la mesure où l’espèce humaine est intimement liée à la nature. »
Une des principales raisons qui explique la rareté de l’offre, en dépit de l’immense potentiel régional pour ce type de tourisme, c’est le manque de guides formés à cette fin. « Il y a un grand roulement dans la profession, explique Mikaël Rioux. Il s’agit d’emplois saisonniers et, souvent, pas très bien payés. » Contrairement à des pays comme la Nouvelle-Zélande ou l’Australie, où les activités d’écotourisme sont profondément ancrées dans la culture locale, il n’existe pas de reconnaissance à grande échelle au Canada. L’écotourisme, parce qu’il fait appel à une expertise de haut niveau (ce sont souvent des biologistes qui servent de guides), est plutôt vu comme une activité coûteuse, destinée à une élite économique. Or, une expérience d’écotourisme constitue une acquisition de connaissances inestimables, qui restent longtemps dans la mémoire des participants : « Je peux vous dire que, dans une baie en eaux calmes, sur un kayak légèrement balloté par de petites vagues, l’information passe pas mal mieux que dans une salle de classe », souligne M. Rioux avec humour.
Pour en revenir à l’aspect plus philosophique de l’écotourisme, il est bon de se rappeler qu’en tout temps et en toute circonstance, les vacanciers peuvent jouir de la nature, tout en posant des gestes concrets pour limiter leur impact sur l’écosystème. À cet égard, Mikaël Rioux leur suggère de consulter le site Internet de « Sans trace Canada », au www.sanstrace.ca : « Ils y trouveront une série de sept principes d’éthique faciles à appliquer pendant leurs vacances dans notre belle et grande région », conclut-il.
Photo : Marc Fraser