8e édition du Festival Échofête, une réussite sur tous les fronts

14 août 2010 | Par : Martin Bélanger | Imprimer cet article Imprimer cet article

La 8e édition du Festival environnemental Échofête a été une année record pour le nombre total de visiteurs et le nombre de spectateurs pour un spectacle. Tenu du 28 juillet au 1er août, l’événement avait pour thème la souveraineté alimentaire.

Mandaterre, l’organisme qui organise le festival, a estimé qu’entre 8 000 et 9 000 personnes ont assisté aux différentes activités de l’événement, soit 2 000 personnes de plus que le record précédent. Au moins 3 000 personnes étaient présentes pour le spectacle des Cowboys Fringants le samedi 31 juillet.

« La majorité de la foule au spectacle des Cowboys Fringants en était à leur première présence au festival », a affirmé Sébastien Rioux, vice-président de Mandaterre. « On peut dire que notre objectif d’attirer de nouveaux festivaliers a été amplement atteint grâce à ce spectacle », a ajouté Marc-André Bourassa, coordonnateur de l’événement.

Une autre cause de la popularité du premier festival environnemental au Québec a été la belle température. « Nous sommes un festival environnemental et l’environnement joue beaucoup sur le succès de l’événement », a lancé M. Rioux, rappelant que le froid et le mauvais temps avaient nuit à l’achalandage l’an dernier.

« L’édition 2010 est une double victoire pour nous. Il y a eu des assistances record et le projet de minicentrale sur la rivière Trois-Pistoles a été laissé de côté dernièrement par le gouvernement », a résumé M. Rioux concernant le bilan du festival. Éric Boucher, administrateur, a quant à lui retenu que cette édition a été « un cinq jours de vrai écocitoyenneté ».

Cette année, le site a été agrandi et la rue du Parc s’est transformée en sens unique, afin de faciliter les déplacements vers le Parc de l’aventure basque (PABA), où plusieurs activités avaient lieu. Un service de raccompagnement  était également offert pour la première fois.

Les festivités ont débuté le mercredi soir au PABA avec la diffusion devant une soixantaine de personnes du film Nos enfants nous accuseront de Jean-Paul Jaud. La soirée s’est poursuivie avec une performance musicale du groupe Oztara à la Forge à Bérubé.

La soirée de jeudi fut résolument rock, alors qu’une foule de 800 spectateurs s’est défoulée sur la musique de Kamakazi, Exterio et des Vulgaires Machins. Plusieurs activités pour les plus jeunes ont eu lieu vendredi, ainsi qu’un rituel de purification amérindien en après-midi. La soirée fut dansante avec les rythmes afro-brésiliens de Kalafuba et ceux électro-jazz de Misteur Valaire. Ces derniers ont été appréciés par plusieurs festivaliers qui ont découvert ce jeune groupe.

Les conférences ont eu lieu le samedi et le dimanche. Celle de Ram Chandra sur l’Ashram népalais Sri Aurobindo a cependant dû être annulée. Le festival s’est conclu avec la musique de Kodiak , la troupe de danse Soraïda et La Loi des Cactus.

La souveraineté alimentaire

Une centaine de personnes se sont entassées le samedi après-midi au PABA pour la conférence du président d’honneur, Roméo Bouchard, portant sur la souveraineté alimentaire.

« La souveraineté alimentaire, c’est reprendre le contrôle de notre agriculture et de notre alimentation au niveau national », a expliqué le fondateur de l’Union paysanne. Celui-ci ajoute que « le Québec a essayé de se positionner dans le marché international, mais nous ne sommes pas du tout compétitifs en comparaison avec des pays comme le Brésil ».

La situation pourrait changer, alors que le ministre de l’Agriculture, Claude Béchard, devrait annoncer cet automne une réforme de la politique agricole qui respecterait les recommandations du rapport Pronovost. M. Bouchard, qui a fait pression en faveur de cette réforme avec la Coalition S.O.S Pronovost, a convaincu le ministre Béchard d’aller de l’avant avec la réforme. Selon lui, la nouvelle politique aurait même l’appui du Premier ministre Jean Charest. Il  tient cependant à préciser que le gouvernement est présentement peu populaire et que le Parti libéral pourrait décider qu’il serait plus  sage pour eux de ne pas se lancer dans une réforme.

De son côté, l’Union des producteurs agricoles (UPA) est contre ce changement et prône le statu quo. Il faut dire que le Rapport Pronovost propose de briser le monopole syndical de l’UPA.

M. Bouchard a mis en contexte la situation de l’industrie agricole au Québec. Il y a une cinquantaine d’années, les fermiers pratiquaient une agriculture d’autosuffisance. Environ 100 000 fermes ont disparu depuis cette époque. Aujourd’hui, il n’en reste que 30 000. Seulement le tiers des produits dans les supermarchés sont québécois, 5 % sont régionaux et 1 % sont biologiques.

« Pendant toutes ces années, on a essayé de nourrir le monde, mais on s’est oublié », a lancé le militant écologiste. « Nous sommes dépossédés de notre agriculture. Plus une ferme est grande, plus elle vend et s’approvisionne à l’étranger », a-t-il ajouté.

Étonnamment, la première raison pour M. Bouchard de rétablir notre souveraineté alimentaire n’est pas par souci environnemental, mais économique. En effet, la situation actuelle nuit à l’économie régionale, puisque les industries alimentaires se concentrent de plus en plus dans les centres urbains. « Les quotas sont trop chers pour que les enfants des fermiers reprennent le flambeau. Ils sont donc vendus à des  entreprises qui iront faire la production dans les grands centres », a dénoncé le militant.

L’environnement demeure une préoccupation importante, car l’agriculture industrielle a un énorme impact sur la quantité de phosphore dans l’eau, et donc sur sa qualité. M. Bouchard affirme même que « l’eau potable est plus rare en campagne qu’en ville ». Il continue en précisant que le taux de nitrates dans l’eau potable de Saint-Germain-de-Kamouraska atteint le niveau 12, alors que le maximum devrait être de 10 et que la norme est de 5. « 80 % de la pollution de l’eau vient de l’agriculture », a finalement dit l’écologiste.

Roméo Bouchard s’inquiète des liens de plus en plus évidents entre les produits chimiques utilisés en agriculture et la croissance de certaines maladies et de problèmes de fertilité. Il ne s’étonne pas des recherches qui affirment que la prochaine génération vivra moins longtemps que leurs parents. Pour lui, la seule façon d’échapper à la toxicité de l’alimentation, c’est de manger du biologique. Présentement au Québec, les producteurs « bio » exportent 75 % de leurs productions. Pourtant, 70 % de la consommation d’aliments biologiques dans la province vient des États-Unis. « La demande pour ces aliments augmente, mais l’offre, elle, ne croît pas. C’est pour cette raison que les produits sont chers », a précisé M. Bouchard.  Ce dernier souhaite que chaque MRC ait un plan de souveraineté alimentaire qui leur donnerait plus de pouvoir dans l’aménagement de leur territoire.

Photo : Martin Bélanger

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