Les Prétendants aux Samedis de conter: À la frontière du réel
14 août 2010 | Par : Marc Fraser |
Imprimer cet article
Fidèles à la tradition, les Compagnons de la mise en valeur du patrimoine vivant de Trois-Pistoles présentent, encore cet été, la série des Samedis de conter. Le 17 juillet dernier, c’était le duo formé de Paul Bradley et Sylvain Racine, aussi connu sous le nom des Prétendants, qui prenait la scène de la Forge à Bérubé d’assaut.
Originaires des Cantons-de-l’Est, Bradley et Racine ont alterné les contes en première partie. C’est Sylvain Racine qui a ouvert le bal, avec une histoire de paysan pauvre qui décide de cultiver un champ ensorcelé par des génies pas si malfaisants que ça, mais aux prises avec une idée fixe. Le conte, basé sur la répétition, nous entraîne tranquillement, mais sûrement, vers l’absurde de la logique tordue des êtres obtus.
Son partenaire, Paul Bradley, s’est ensuite lancé dans l’histoire de Jean Baderne, lui aussi paysan pauvre et un peu simple d’esprit, qui fera la rencontre d’un grand magicien. Transgressant l’interdiction de franchir la porte de la chambre secrète, Baderne mettra la main sur une formule cabalistique permettant la transformation des êtres en la forme de leur choix. Un combat de titans s’engage alors entre le paysan et le magicien qui empruntent les formes les plus variées pour tromper l’ennemi. Baderne, pas si sot que ça, vaincra grâce à la ruse et héritera de la fortune du magicien.
En deuxième partie, les deux acolytes proposaient un conte conjoint (à ne pas confondre avec celui offert par votre institution financière), exercice un peu périlleux mais assez réussi, ma foi. Alternant la narration, le duo a raconté les péripéties d’une princesse capricieuse qui voulait toucher le ciel. Or, celui qui réussirait à lui faire accomplir l’exploit se mériterait sa main. Les prétendants se succèdent donc, rivalisant d’ingéniosité pour amener la princesse jusqu’au ciel. Tous échoueront, jusqu’à l’arrivée d’un conteur particulièrement patient. Avec l’aide d’un demi-homme, il parviendra à réaliser le fantasme de la jeune fille et à l’épouser.
En misant sur des contes assez longs, avec une trame narrative relativement conventionnelle, les Prétendants auraient avantage à mieux habiter la scène pour soutenir l’attention du public. Étrangement, ils ont même rangé leurs instruments de bruitage pendant l’entracte, dénudant ainsi complètement la scène. On sent également une légère hésitation dans le discours qui semble trouver sa source dans le fait que le duo emprunte ses contes à divers auteurs. Une meilleure intégration des contes, par l’ajout d’éléments qui leur seraient propres, améliorerait sans doute la livraison.
Mais tout n’est pas sombre et les Prétendants possèdent une touche moderne, une distance sur l’histoire qu’ils nous racontent, extrêmement efficace. Ainsi, dans leurs contes, les personnages courent parfois si vite qu’ils sortent carrément de l’histoire. Certains leur sont imposés (en général, les stupides ou les méchants), alors qu’ils en choisissent d’autres pour leur qualité intrinsèque. Ces moments lumineux, dispersés çà et là dans les contes, ont permis au public de passer une agréable soirée.
C’est le conteur nord-côtier Simon Gauthier, qui nous avait livré un magnifique conte sur les Peaux-de-gravier l’an dernier, qui fermera la saison des Samedis de conter. Un rendez-vous à ne pas manquer, le 4 septembre prochain, à la Forge à Bérubé.
Photo : Marc Fraser